Projet
La formation initiale et continue des enseignant·e·s aux compétences numériques est une des préoccupations européennes depuis près de 20 ans. Cependant, les études montrent que les enseignant·e·s débutants utilisent peu ou pas les technologies dans leur pratique pédagogique, alors qu’ils ont été formés dans le domaine et qu’ils devraient donner l’impulsion au sein des établissements (Agyei & Voogt, 2011; Boéchat-Heer, 2009 ; Bate, 2010; Dawson, 2008 ; Gao, Wong, Choy, & Wu, 2011 ; Ottenbreit-Leftwich, Glazewski, Newby, & Ertmer, 2010). L’état de la littérature met en lumière les différents facteurs qui favorisent ou inhibent l’usage du numérique par les enseignant·e·s : le sentiment d’auto-efficacité des enseignant·e·s (Boéchat-Heer, 2009), la collaboration au sein de l’établissement (Starkey, 2010), le soutien de la direction (Isabelle et al., 2002), la formation en établissement (Triggs & John, 2004) et les recommandations fédérales et cantonales (Tondeur, Valcke & van Bracke, 2008).
Cependant, peu de recherches nous renseignent sur l'évolution du sentiment de compétences et des compétences auto-déclarées dans le domaine du numérique de la formation initiale à l'insertion professionnelle. Dans quelle mesure les dispositifs de formation ont une influence sur le sentiment de compétence et le niveau d'intégration du numérique en classe ? Quels sont les obstacles et les leviers lors de l’intégration du numérique au niveau des établissements durant les premières années d’enseignement ? Comment les enseignant·e·s débutants réagissent-ils aux problèmes rencontrés lorsqu’ils appliquent leurs compétences acquises en formation ? Quelles stratégies d’ajustement sont mises en place pour y remédier ? La gestion du stress par les enseignant·e·s qui utilisent le numérique et les stratégies d’ajustement mises en place méritent d’être étudiées comme nouveaux facteurs permettant de comprendre l'évolution du sentiment de compétence des enseignant·e·s et des usages mis en place.
À partir de ces questions, le projet vise à comprendre comment évoluent les perceptions des étudiant·e·s concernant leurs compétences numériques de la formation à la pratique en classe et quels sont les facteurs qui favorisent ou inhibent leur sentiment de compétences numériques et le niveau d'intégration du numérique dans leurs pratiques d’enseignement.
Les objectifs sont les suivants :
1) identifier les dispositifs de trois institutions de formation (IUFE − Université de Genève ;
HEP Vaud ; HEP-BEJUNE)
2) identifier les perceptions des étudiant·e·s et enseignant·e·s débutants concernant la formation dans le domaine du numérique et le développement du sentiment de compétences (cohortes 1 et 2)
3) identifier les facteurs qui favorisent ou inhibent le sentiment de compétences numériques et le niveau d'intégration du numérique dans la pratique professionnelle (cohorte 1)
Pour répondre à ces objectifs, les méthodes mixtes de recherche (Burke & Onwuegbuzie, 2004 ; Creswell & Plano Clark, 2007 ; Teddlie & Tashakkori, 2009) vont être mobilisées. Pour répondre à l'objectif 1, une analyse documentaire sera réalisée dans les trois institutions. Pour répondre à l'objectif 2, une enquête par questionnaire sera mise sur pied auprès de deux cohortes d'étudiant·e·s et enseignant·e·s (cohorte 1, N=400; cohorte 2, N=200) de trois régions de Suisse romande (Genève, Vaud, Berne francophone, Jura, Neuchâtel, BEJUNE). Pour répondre à l'objectif 3, trois groupes de discussion d’enseignant·e·s (focus groups) vont voir le jour que l'équipe rencontrera à quatre reprises afin d’évaluer l’effet relatif des différents facteurs sur la pratique effective en classe. Les résultats obtenus permettront de mieux comprendre les processus à l’œuvre lors de l'évolution de la perception des enseignant·e·s concernant leur compétences acquises durant la formation à la pratique enseignante. Ils serviront également à apporter des recommandations aux institutions de formation des enseignant·e·s pour améliorer les dispositifs de formation et aux directions d’école pour favoriser l’accompagnement et le soutien au sein des établissements scolaires.